Cramé

aux heures de l’océan lunaire ton rêve m’aspire encore parfois

un technicolor sans corps

la nuit la blanche brute m’égorge

le vent de mon orage se brise

et des tranchées les mots s’écroulent

l’éclipse semble éternelle

tous ces mots gravés sur les murs

mon sac sur l’épaule

les images bien en tête des années passées

je regarde une dernière fois le jardin dévasté

puis avant de sortir je mets le feu à la maison

il est temps de rejoindre l’autre bout du monde

la nuit a parlé

j’ai tenté increvable ici ou ailleurs

j’ai cramé

Pierre Vandel Joubert octobre 2022

Advertisement

Delta

sur la route en vergers

vallée mouillée au Rhône

la pensée en zone humide

je suis l’estuaire

pensée des hommes et femmes

allant vers la mer et le sel

sur les pas de milliers d’années

cherchant refuge en terre féconde

je suis un maillon passé sur le chemin

pour ceux qui viendront après

ma peau est une vase

une saine abondance

je suis de passage dans l’écorce des platanes

la cavalerie blanche

les Saintes-Maries-De-La-Mer

diable en vent du sud

Pierre Vandel Joubert – Arles septembre 2022

Bloody Mary

ce soir je traverse l’amas stellaire

pour retrouver la dérive version tango

je me bois d’interdits au bar

un Bloody Mary bien avancée en seringue

ce soir je serai votre ombre

d’avance je me déguise en nuit

pendule et tic tac de l’extinction de masse

ça cogne aux murs les histoires perdues

ce soir je vous dis aux adieux

mes crimes enneigés de vertiges

dans les pas de poudres éternelles

je suis parti dans la nuit danser

ce soir sur la canopée de diamants

je te dirai tout de mes mains

avant d’étrangler la voie lactée

un clin d’œil au cadran l’autre à ta bouche

Pierre Vandel Joubert Septembre 2022

Thébaïde

étrange atteinte du matin

j’ai joué ma fortune sans regrets

dans le sourire de tes mains

la tristesse se joue des villes

et de mes soirs d’été

comme un tapis déroulé d’absence

je vais par les chemins

aux passants des rues inconnues

voler du temps à ma solitude

Pierre Vandel Joubert septembre 2022

Le cœur d’or

tant que le cœur dure en or

ne s’éteint pas dans les brumes

c’est une idée en soleil

un papillon idéal

dans le pays des anciennes peaux

on se rappelle aux peines en fleurs

que pouvons nous y faire ?

après tout ce n’est que mémoire

tant que le cœur dure en or

ne vient prendre mes sombres présages

c’est en rappel avec une corde

un serpent idéal

dans le pays ou j’ai gravé tant de montagnes

je flingue ma fugace ascension

que peux tu pour moi amour ?

après tout ce n’est qu’un désert

tant que le cœur dure en or

ne regarde en arrière nos erreurs

c’est une veine en charbon

qui coule en nos abîmes

dans le pays aux temps de ronces

je vois bien que les arbres se taisent

quelle couleur d’écorce ?

après tout il ne restera qu’une larme

tant que le cœur d’or

dure l’immortelle beauté

Pierre Vandel Joubert septembre 2022

radeau

que dire de ces jours passés en pente raide

d’une usure infinie des heures

étrange été de ne plus en être

couper les ponts de la saison

alors que la mousson fait rage

que dire de mon cœur qui battait pour toi

et qui chaviré se trouve en haute mer

sur la nuit de l’équateur

mon esprit s’est abandonné

aux drogues dorées des illusions

je sonde les profondeurs

bien loin de toi et de ta surface

je m’écarte des tempêtes

pour une nouvelle route d’écume

dépassant le cap Horn

en vue d’une terre affable

Pierre Vandel Joubert août 2022

Naufrage

Il faut faire attention aux naufrages

en ouvrant des cahiers dans le désert

parfois

nos yeux n’entendent pas les messages

prêts à fendre en deux l’univers

les sentiments trompés à l’abordage

ne s’accordent aux forêts d’or vert

parfois

les pages sont remplies d’une chute sans visage

un long couteau qui déchire l’égo de la chair

ce qui paraissait unique devient simple image

l’intime corps n’est plus votre seule terre

parfois

il ne reste qu’une barque sans cordage

pour éviter le récif et fuir avec l’écume sur la mer

parfois

il est trop tard ou trop tôt

on se croit si beau

Pierre Vandel Joubert Mardi 26 juillet 20022

De peine

au soir embarqué

sans raison d’espérer

vous remontez le temps

sans visages amis

retrouvant au chahut

du diable emporté

une étincelle d’incertain

une lueur si rapide

vient le temps des peines

ce temps qui vous punit

de n’être qu’un morceau

sans grand avenir

de pluie et de brouillard

perdu dans la plaine

étranger au discours

de ce qui ferait de vous

quelqu’un de bien

Pierre Vandel Joubert août 2022