Soutes

le temps tombe des soutes des bateaux

et des routes empruntées

pierres et cimetières

les herbes poussent sur ton corps

dans l’illégalité des morsures

tu parles toujours des vies

des vies qui ne passent jamais

et tu es parti maintenant

ta guerre n’est plus la mienne

les enfants des arbres me sont apparus

le temps tombe des soutes des bateaux

comme les hommes à la mer

et tu es parti maintenant

Pierre Vandel Joubert 2021

Estuaire

Retrouver l’estuaire de son enfance, par les dunes et les chemins, se réveiller “chez soi”, du pays dont l’eau se transforme en sel avec le soleil. La ville monde si loin de moi, en un instant l’écume, redevenir paysan de la mer, constituant entier, mon corps un territoire ancestral.

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Demain ferme !

“Demain ferme !”

l’air de rien

je m’éteins

dans l’égarement des villes

mon silencieux paysage

s’égorge de désirs

mes yeux d’un reflet clouent le visage sur la fenêtre

” ce n’est que ça ta vie”

dans les grandes villes

je passe

je passe

“demain ferme !”

l’air du vide est une danse qui clos mes derniers pas

on se retrouve à terre

pour moins que ça

un cliché après tout

ce n’est rien

je passe je passe

l’air de rien

ce n’est rien

il y aura toutes ces fêtes

il y aura toutes ces illusions

“demain ferme !”

et reprendra possession

Pierre Vandel Joubert 2021

Soir

j’ai vu l’alcool resplendissant vainqueur

l’étoile qui me dépassait si loin

allumer des nuits de service

pour la communauté des pendus

un soir comme d’autres dimanches

je t’ai vu mon adorée lever le drapeau

l’orage éclatant

Pierre Vandel Joubert 2021

Scaphandrier

l’élégance du temps se perd

nous vivons sous les paravents

présence fictive de la langue

la peur sans la peau mes rides comme celles des arbres

autour de la bouche ont disparu

ton sourire désormais absent

je te regarde dans la rue ou dans le métro

tu te déplaces avec la lourdeur du scaphandrier

inaccessible surface du jour les paroles filtrées par les fibres

n’ont plus le goût sauvage

elles se cachent et dépérissent

parler sans voir tes lèvres

est une torture insidieuse

qui tue mon profond moi

je ne suis plus qu’un fantôme

la peur sans la peau

Pierre Vandel Joubert 2021

fantômes

doutes blancs. .. fantômes de la chambre… souvenirs d’errances ou de vies fantastiques… le théâtre de mon sommeil absent

la nuit ne s’éteint plus
comme la fusion au cœur du réacteur
la nuit m’étreint blanche
je vois passer le jour d’après
les yeux grands ouverts
je vois l’assassinat du jour d’avant chaque nuit

dans la cendre.. un oubli… la peau du temps… une tristesse valeureuse

Pierre Vandel Joubert 2019