D’une rive à l’autre

 

pensées sauvages
pour un pays sauvage
dans ce passé frontière
d’un monde isolé

j’ai touché tous les murs
de ton espace clos

à portée de doigts
je me rappelle
les nuits putrides passées
sous ton horloge

ce lieu fût une ambassade
en pays hostile
celle d’une folle absence

j’ai dessiné des fenêtres
pour ne ne pas couler
voir les couleurs d’une rive

sur le toit de l’âme

un dernier hélicoptère
la fuite
sauver ce qui reste
je pars

je suis parti

 

 

 

Pierre Vandel Joubert – Paris 13 – 11/2015 – 09/2018

Advertisements

Genève Pâquis

 

42622662_979305495585125_6009200026436239360_o.jpg

 

sur le Léman la tempête

le vent joue des os

du lac monte une mélodie

invoque par les mâts des bateaux

le frisson des géants

Shelley et Byron

 

mes mains autour d’un café

réfugié aux bains des Pâquis

trouvent difficilement un chemin

pas à pas mes mots tentent une ascension veine

inscrit sur la rambarde en rouge

“la poésie sauvera le monde”

 

 

 

Pierre Vandel Joubert
Genève lundi 24 septembre 2018

Clous

 

 

puisque je pars de l’ancien monde
nous serons d’autres
épuisés du jugement
un changement de tribu
ailleurs je te tiendrai dans mes bras
la vie possible
mes mains donneront des clous
pour construire un abri

de ton âme je recevrai l’eau
nous foulerons la terre

et je te cueillerai airelle des bois

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

Toutes ces choses

toutes ces choses
que je ne comprends pas
mon corps se dépossède peu à peu

je ne suis plus qu’un décor d’hiver
tous les ports que j’ai parcouru
sont des morts que j’enterre

toutes ces choses
dans l’indicible passé
la plage retrouve mes bras

quand je monte au vent d’avant
le visage caché par le squelette
d’un destin joué sur le comptoir

toutes ces choses perdues
le miroir rend mon corps
la peau se marque aux rides tatouées

je me souviens bien de rues d’amour
mais les années ont distribué les coups
et les visages s’embrument de nuits

toutes ces choses
l’éclipse d’une longue beauté
j’oublie ton nom mon amour

nous avons marché ensemble
la-haut n’oublie pas de sourire
c’est vers Gambetta je crois

toutes ces choses perdues
que tu prendras avec toi

toutes ces choses éloignées
que tu pardonneras

nous avons fait présence
avant nos cendres

je suis nu devant la nuit
les sillons gravent mon visage
toutes ces choses ne sont plus

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

Lettre pour une disparition

 

Tu sais j’ai longtemps cru en un destin commun de pensée entre nous. Je ne sais sous quelle forme. Je pensais connaître le pouvoir des mots dans leurs essentielles fragilités. Je me pensais en même temps animal, corps et sueur, sans mots.

La peinture est comme cela, intransigeante dans l’entre deux. L’écriture me parait parfois si faible, parfois si forte, je me dis alors, peinture fais de moi ce corps d’expression pour tracer, sans éducation, sans passé, sans avenir, décolorée de nos tristesses, de ce jour qui arrive trop tôt.

Des mots, des couleurs, des heures passées à boire, que me reste t’il sinon la confrontation ? Ma poésie est un acte de faiblesse, une cachette, comme celle où le Robinson de Tournier trouve refuge après avoir tout perdu.

La poésie est une hypocrisie de dire la vie. Une tentative de trouver sa mère. La peinture affronte cela en vain, l’écriture sous la marque d’une intellectualité supérieure se confronte au même précipice.

Que reste t’il? Entre père et mère ,une improbable révolte si nécessaire à notre condition mortelle, cette révolte qui fait de nous des survivants.

Nous ne pouvons faire trop autrement avec les autres, insoumis à nos propres besoins d’être avec les autres.

Ces mots que je dessinerai ou que je peindrai ne seront au fond que ma seule existence. Je lis les vies, j’en connais bien peu.

 

Oh , mon fond de cerveau imagine bien des choses. Une maison blanche où des enfants courent, une ligne de conduite de mes mots, un style et un costume d’été, celui qui ne ment pas, un léger sourire devant la mort.

L’homme parfait, le père parfait, l’ami parfait… Une fidélité aux autres .

Je ne sais qui j’aime.

Une incertitude.

 

38195970_936280783220930_140739923601784832_o.jpg

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018