Poème pour Henri

c’était dans un appartement
Henri tabassait les couleurs
jouant les jours et les mois
Henri appliquait à sa peine

le désespoir peint
posé et reposé
en bande et jeté

c’était à Nantes ce temps
effrayant de conviction
celui où nous avions vu
qu’il n’existait qu’un chemin

Henri appliquait des couleurs
puis il tomba malade

l’obscurité gagna son esprit

c’était bien plus tard
je revis Henri
dans les coulisses des vies passantes

Henri n’avait plus jamais touché aux couleurs

” tu sais c’est trop dangereux
d’être aussi près de la vérité “

” ça peut tuer l’autre “

Pierre Vandel Joubert 2018

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Premières neiges

Les premières neiges couvrent les paroles
Des au delà de surface
Suspendent l’oubli
Je crois distinguer des Ciels
Tu as trouvé refuge au bout
Au bout trouvé de la branche
Dans ton silence il me reste le vent des mots
De tes mots percés dans mon écorce

Pierre Vandel Joubert 2019

Suspension

à Pierre Giquel


il me pense que ce soir sera une lune sombre

dans ce brouillard d’années l’écho de ton rire

il reste ce souffle

presque transparent

Nantes s’éteint ce soir doucement

les machines suspendent ton trône

tu as dû recevoir le cœur d’un peine-à- jouir


le mien ne t’aurait pas rejeté

il nous reste ce repas éternel

nous tenterons la chance

je remplirai ton absence de mots

le feu écrira

Le danger         dix heures  en été

Pierre Vandel Joubert 2018

je me souviens

je me souviens d’une soirée
les filles étaient couchées
je me souviens du départ
sans avoir pris les clefs
je me souviens d’un appel
téléphone pour dire
pour rien que nous ne serons plus jamais
ensemble
je ne me souviens de rien
je ne veux plus me souvenir
l’ivresse chaque jour
comble les temps sans adresse
je me souviens du jour
de mon frère
rien ne se fera en dehors de nos friches
un temps isolé
je te demande pardon
je ne me souviens de rien
j’ai trop mangé de ta jeunesse
je ne me souviens de rien
je ne veux plus me souvenir

Pierre Vandel Joubert 2018

Lotissement

sous mon manteau de songes
je tente la pluie pour vivre
cousu de courses perdues
mon écorse comme seule présence

j’ai quitté le lotissement

il y a bien longtemps
vaincre le monde
j’ai beaucoup couru
bagarré comme le chien enragé

j’ai tenté le royaume
des miroirs
mais j’étais du lotissement

j’en avais l’odeur
celle du pauvre

les lumières de la ville
l’or des cheveux
les plaisirs si lointains

je n’en serai jamais
je pue l’ivresse
les aisselles
et le lotissement

Pierre Vandel Joubert 2018

D’une rive à l’autre

 

pensées sauvages
pour un pays sauvage
dans ce passé frontière
d’un monde isolé

j’ai touché tous les murs
de ton espace clos

à portée de doigts
je me rappelle
les nuits putrides passées
sous ton horloge

ce lieu fût une ambassade
en pays hostile
celle d’une folle absence

j’ai dessiné des fenêtres
pour ne ne pas couler
voir les couleurs d’une rive

sur le toit de l’âme

un dernier hélicoptère
la fuite
sauver ce qui reste
je pars

je suis parti

 

 

 

Pierre Vandel Joubert – Paris 13 – 11/2015 – 09/2018