La route

 

au temps le dédain
je n’oublie pas
un corps isolé
dans sa plus grande fraternité avec la nuit
enfin accompli
enfin dépassé
le défunt n’est plus
qu’une lumière sur la route

 

Pierre Vandel Joubert 2018

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Toutes ces choses

toutes ces choses
que je ne comprends pas
mon corps se dépossède peu à peu

je ne suis plus qu’un décor d’hiver
tous les ports que j’ai parcouru
sont des morts que j’enterre

toutes ces choses
dans l’indicible passé
la plage retrouve mes bras

quand je monte au vent d’avant
le visage caché par le squelette
d’un destin joué sur le comptoir

toutes ces choses perdues
le miroir rend mon corps
la peau se marque aux rides tatouées

je me souviens bien de rues d’amour
mais les années ont distribué les coups
et les visages s’embrument de nuits

toutes ces choses
l’éclipse d’une longue beauté
j’oublie ton nom mon amour

nous avons marché ensemble
la-haut n’oublie pas de sourire
c’est vers Gambetta je crois

toutes ces choses perdues
que tu prendras avec toi

toutes ces choses éloignées
que tu pardonneras

nous avons fait présence
avant nos cendres

je suis nu devant la nuit
les sillons gravent mon visage
toutes ces choses ne sont plus

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

Lettre pour une disparition

 

Tu sais j’ai longtemps cru en un destin commun de pensée entre nous. Je ne sais sous quelle forme. Je pensais connaître le pouvoir des mots dans leurs essentielles fragilités. Je me pensais en même temps animal, corps et sueur, sans mots.

La peinture est comme cela, intransigeante dans l’entre deux. L’écriture me parait parfois si faible, parfois si forte, je me dis alors, peinture fais de moi ce corps d’expression pour tracer, sans éducation, sans passé, sans avenir, décolorée de nos tristesses, de ce jour qui arrive trop tôt.

Des mots, des couleurs, des heures passées à boire, que me reste t’il sinon la confrontation ? Ma poésie est un acte de faiblesse, une cachette, comme celle où le Robinson de Tournier trouve refuge après avoir tout perdu.

La poésie est une hypocrisie de dire la vie. Une tentative de trouver sa mère. La peinture affronte cela en vain, l’écriture sous la marque d’une intellectualité supérieure se confronte au même précipice.

Que reste t’il? Entre père et mère ,une improbable révolte si nécessaire à notre condition mortelle, cette révolte qui fait de nous des survivants.

Nous ne pouvons faire trop autrement avec les autres, insoumis à nos propres besoins d’être avec les autres.

Ces mots que je dessinerai ou que je peindrai ne seront au fond que ma seule existence. Je lis les vies, j’en connais bien peu.

 

Oh , mon fond de cerveau imagine bien des choses. Une maison blanche où des enfants courent, une ligne de conduite de mes mots, un style et un costume d’été, celui qui ne ment pas, un léger sourire devant la mort.

L’homme parfait, le père parfait, l’ami parfait… Une fidélité aux autres .

Je ne sais qui j’aime.

Une incertitude.

 

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Pierre Vandel Joubert 2018

On dit que j’ai des amoureuses

 

 

on dit que je vais mieux
on dit bien des choses
dans la haute ville

on dit que je bois un peu trop
que c’est un triste gâchis
je devrais faire attention

l’amnésie de la nuit
comme une garantit de survie

évite les yeux des histoires envolées

on dit bien que je vais pas bien
on dit bien peu de bien
dans la haute ville

l’amnésie de mon corps
un avant goût de la mort

s’acquitte de mes fuites

on dit bien que je vais mieux
on dit ça des chiens
dans la haute ville

et si je dors en assassinant tous les rêves
c’est pour oublier les visages aimés

qui se présentent chaque soir

on dit bien que j’ai vieillit
et que ça ne durera pas
dans la haute ville

on dit bien des choses
quand on ne sait rien
dans la haute ville

on dit bien des choses
dans la haute ville
afin de croire que l’on n’est pas seul

on dit que je vais mieux

 

que j’ai des amoureuses

 

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

 

 

Puise temps

 

à Manuel G.

 

à toi dont les toiles
m’étoilent
à toi dont je n’ai su quoi faire
par le chemin de campagne
quand tu m’as donné la main
pour que je traverse
à toi dont l’étoile d’or
me transperce
ce beau voyage que je te souhaite

tu quittes nos années de désespoir
là-haut tu diras tu diras
que nous sommes peu de choses
là-haut tu diras tu diras
j’ai aimé et oublié
j’ai aimé et trahis
j’ai aimé sans savoir
ma peau frissonnante
et le corps nu

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

Manger les vivants

 

 

le passé vous démunie
parfois de cette lumière
je me suis retourné

c’est ainsi que j’ai rejoué
sur les bancs de mes lèvres

c’est ainsi que j’ai purgé
la mort
lapins et promesses
en devenant un végétal

c’est ainsi que j’ai distribué mon corps
en location sans intérêt

c’est ainsi que je suis sourd
l’histoire d’un devis et d’un paiement
en mensualité de verges

et quand on me dit ce jour
que je dois lever les bras
pour voir mes auréoles
baisser la garde
et baiser la concierge

c’est ainsi que je suis parti
à Buenos Aires
voir l’asphalte inversé

entre ma cafetière et la guerre
le choix n’était guère difficile
en devenant un végétal capitaliste

toutes les maisons incendiées
la vie devant le vide des sentiments
le bon sens a pris la rocade

je suis devenu le riche
celui qui impose par la lâcheté
la bourgeoisie mondiale
et qui fait la morale aux pauvres

le passé vous démunie
de ce que vous étiez
de cette lumière du matin

et fait de vous un monstre

je me suis retourné
j’ai vu ce champs de morts
manger les vivants

 

 

Pierre Vandel Joubert 2018

Révolution

 

ce soir nous volerons
dessus de carapaces
nos os léger souvenir
du passage d’Orion

ce soir nous volerons
dans le frima des peaux
corps dégelés retrouvés
dans ce grand glacier

ce soir nous volerons
et si nous mourrons
nos impuretés seront victoires
dans la guerre qui vient

contre le un et l’uniforme
contre l’ordre
contre la frontière

l’arc en ciel

 

 

Pierre Vandel  Joubert 2018